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ASSOCIATION DES
PARENTS D'ELEVES



ANCIENS ELEVES



Souvenirs souvenirs...

Le Père Année

Après de longues années passées à Saint-Martin, le Père Guillaume Année - décédé depuis - avait rédigé ses mémoires de "préfet de discipline". Elles sont intitulées

"A l'ombre du carillon ou l'adorable chienlit"

et nous en possédons un exemplaire grâce à l'amabilité de sa sœur, Madame Feuilley.

Pour le plaisir, en voici un court extrait dans lequel est dressé, sous le couvert d'un pseudonyme, "Monsieur Rolland", le portrait d'un personnage important pour l'association des Anciens Élèves. Nous vous laissons le soin de découvrir de qui il s'agit.

Loïc ROCHELET

 

Le Père Guillaume Année

Monsieur ROLLAND : Le Carillon

Le carillon n'est pas uniquement un amas de pierres blanches bien agencées et couronnées par quatre élégantes tourelles. Ici, le Carillon hante cette école.

Le chant traditionnel des Anciens ne pouvait décemment avoir un autre titre. Le jour de l'assemblée générale, les joyeux convives sont heureux de chanter le refrain du Carillon. L'exécution n'est sans doute pas parfaite mais le cœur y est. N'est-ce pas le principal ?

Vu la place qu'il tient ici, il n'était pas pensable de donner au bulletin du collège un autre titre. La silhouette du Carillon couvre un tiers de la couverture.

Monsieur ROLLAND, chargé de sa rédaction, est un travailleur acharné qui, malheureusement, aime courir après les papillons. Un mois avant la parution de son oeuvre, il va, il vient, il vit sous la pression. Ne pensez pas que pour autant la date de la mise en page soit respectée. Les règlements vous tombent dessus alors que le trimestre bat son plein. Il ne faut pas lui en vouloir ; il est seul à se débattre avec ses dossiers, dans un local qu'il a le don d'embroussailler. Nous lui accordons des circonstances atténuantes parce que basées sur le sentiment.

Il garde un sens aigu de la famille et des souvenirs qui s'y attachent. Les chapeaux que portaient ses bonnes tantes en 1930 vieillissent en paix sous un agglomérat de poussière. Les parapluies de ses ancêtres étouffés depuis plusieurs années attendent dans un coin de la pièce une âme charitable pour leur redonner vie. Allez faire un tour dans son atelier si vous n'avez jamais vu une décharge publique.

Notre rédacteur, brave homme, se perd avec plaisir dans les petits détails. C'est sa faiblesse. Par contre, que de qualités à côté ! Malgré le désordre qui règne, il est capable de retrouver immédiatement ce que vous lui demandez. L'ordre préside au milieu du désordre. C'est sa force.

Les généalogies des anciens le passionnent. Si vous désirez connaître, pour un nouveau marié, son père, sa mère et ses grands parents, consultez-le ou lisez les pages réservées aux joies du Carillon. Il serait profondément vexé s'il lui arrivait d'oublier les dates d'entrée et de sortie des anciens au moment de faire part des naissances. Ne craignez pas : il veille, il veille à tout et se donne ainsi beaucoup de mal. En retour, il ne reçoit de ses amis que des nuées d'encouragements accompagnés d'un certain sourire. C'est si facile.

Il crie au secours. Mais personne ne répond à ses appels. Ici, comme partout, on aime le travail bien fait mais on préfère qu'il soit exécuté par une tierce personne. N'arrivons-nous pas à l'époque des loisirs ?

Alors chacun s'entraîne, sauf Monsieur ROLLAND qui fait partie de la vieille génération. Il continue la tradition des gens laborieux pour qui le travail était l'occupation principale et la détente, une récompense.

Pour lui le travail c'est sa raison de vivre. Que les temps sont changés. Grand Dieu !!!

Maintenant que vous connaissez le caractère et les qualités du rédacteur, vous ne serez pas surpris d'apprendre que son carillon est un chef-d'œuvre du genre.

Il se présente comme un bric-à-brac, mais un bric-à-brac bien ordonné. On y trouve en tête le petit mot du directeur. Cela convient. Puis s'accumulent les avis importants, les renseignements de toutes sortes, les dates des compositions, celles des vacances. Après quoi, si vous avez le courage d'aller plus loin, vous connaîtrez le règlement, le vilain règlement qui épouvante la nouvelle génération des professeurs. Les élèves sont souvent plus sensés que leurs maîtres.

La seconde partie du petit volume l'inquiète beaucoup. C'est la tranche qui lui donne vraiment du souci. Les activités scolaires et post-scolaires ne l'inspirent guère. Grâce à son talent, il réussit une magnifique mosaïque.

Le coin des anciens se rétrécit chaque saison. Le secrétaire, élu par le comité, manifeste de la bonne volonté mais reste aussi bénévole qu'inactif. Heureusement les tintements du Carillon viennent-ils meubler les nouvelles de l'Association.

Les vieux sont friands des petits potins. Le préposé à ces annonces serait vilipendé si, par mégarde, il lui arrivait un oubli. Un jeune père de famille ne peut pardonner (on est papa, que diable) une telle faute. Une telle omission serait considérée comme un péché mortel et une raison de renier tout son passé.

Le Carillon se termine sur les résultats scolaires : mentions du mois, mentions d'examens, places de composition... Ces listes insipides font l'objet de conversations chez certaines privilégiées au cours de leurs réceptions.

Dans la plupart des maisons, le Carillon occupe la place d'honneur. Il est là en attente. Dans la plupart des familles, on ne s'en soucie guère... et pour cause !

Guillaume ANNEE

Le Père Année a occupé ses loisirs de retraité en écrivant ses souvenirs. Il nous a laissé un manuscrit dactylographié de 212 pages.

Il croque, avec humour, un bon nombre de professeurs de Saint-Martin. Ces professeurs, désignés sous des pseudonymes sont reconnaissables par beaucoup d'anciens. Ces anciens se reconnaîtront-ils dans les petites histoires qui jalonnent la vie d'un collège ?

Cinquante ans


Depuis un demi-siècle, je tourne en rond entre les quatre murs d'une école. Malgré cette existence routinière, ressassée, mon système nerveux a tenu bon. Cette vie déprimante par sa monotonie, peut entraîner, au bout d'un certain temps, un dégoût, sil'on n'y prend garde. Par contre, elle devient exaltante, même passionnante, si elle est orientée vers le bonheur des jeunes.

Dès l'âge de cinq ans, ma mère me confia à une école où la règle et le martinet étaient en honneur.

Personne ne s'en plaignait et personne ne parlait de traumatisme ni de dépression. Dommage que les "colles" soient venues remplacer les fessées. C'était l'affaire de quelques secondes à passer. Maintenant, pour punir un élève il faut compter un minimum de trois heures.

A onze ans, ma mère, une brave femme (mon père étant décédé des suites de la guerre) m'enferma dans un vieux monastère pour y apprendre le grec et le latin. Les bons et les mauvais souvenirs se confondent aujourd'hui et se perdent dans les brumes du marais redonnais. Il me reste, heureusement, une impression agréable, celle de la plupart des collégiens après leur sortie du secondaire.

Pendant sept longues années, il m'a fallu travailler à une table, sans distraction, sauf le temps des vacances.

Vingt ans après mes premiers bâtons, j'allais enfin franchir la barrière de l'enfance. J'étais devenu un adulte chargé à mon tour de veiller, de commander, de faire respecter le règlement. Huit années durant j'ai essayé de faire de mon mieux et je pense avoir mérité la mention "passable". Comme surveillant dans une division de grands élèves, il m'est arrivé quelques ennuis, heureusement compensés par beaucoup de satisfactions. Depuis bien longtemps ma mémoire ne garde que les bons moments.

La vie de pion ne peut être éternelle, c'est pourquoi j'entrai dans le corps professoral. Pour mes élèves de 4ème je montais un échelon. Un pion était considéré, du moins autrefois, comme un être retardé, comme un minus. Cette promotion me mit sur un piédestal, même pour de nombreux parents. Et pourtant je n'avais pas changé.

Par ma simple nomination de professeur, j'étais devenu subitement un homme intelligent, un érudit, un monsieur qu'on respectait, à qui on s'adressait pour avoir des conseils. Comme quoi dans la vie le respect et ce qui l'entoure tient à bien peu de choses ! Dans l'enseignement la fonction créerait-elle l'organe ?

Cette occupation d'homme perspicace n'a duré que quelques années. Pour mes élèves, il valait mieux, peut-être, qu'il en fût ainsi. J'avais la réputation vraie ou fausse d'être sévère et exigeant.

Ces deux qualités ont suffi pour me catapulter Grand Maître de la discipline. Encore plusieurs années et vous me retrouverez sur les tablettes des records.

De 1938 à 1970, j'ai vécu avec toutes ces générations et j'ai pu apprécier leurs qualités et leurs défauts.

Les jeunes d'aujourd'hui, malgré les critiques désabusées de leurs aînés, ne sont pas à envoyer au fond de l'enfer, pas plus que les anciens ne méritaient le paradis. Les élèves de 1970 ne sont pas totalement différents de ceux de 1938. Ils paraissent plus éveillés, plus savants. Les techniques modernes leur donnent de fausses allures d'adultes. A la réflexion, ils sont ce que nous étions : des enfants de leur âge.

Guillaume Année

Solution de l'énigme posée en début de page : le personnage croqué par la plume acide du Père Année était son confrère, le Père Alexandre Lesage de La Haye, responsable à l'époque du Carillon. Le Père Année, une figure emblématique pour de nombreuses générations d'élèves, s'était retiré à plus de quatre-vingts ans dans les années 1990 dans sa commune natale de Bains sur Oust en Ille et Vilaine - près de Redon - où il est décédé depuis.



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