Plus des trois quarts des élèves de la classe alors en stage, avaient retrouvé le chemin du lycée pour venir rencontrer le docteur nigérien. SEYABATU ouvre le débat en rappelant que c'est d'abord la relation humaine qui s'instaure entre le malade et le médecin qui est importante.
Elle rappelle aussi que, au Niger, la moyenne est de 1 médecin pour 120.000 habitants. L'État n'a pas assez de fonds pour les payer. Le salaire de Seyabatu a été longtemps pris en charge par l'association « Tarbiyya Tatali ». Maintenant, l'État a pris le relais.
Quelques questions parmi les nombreuses posées.
Il y a un taux de natalité important au Niger, parle-t-on de contraception ?
Le poids de la religion et de la tradition est encore très important. Une femme qui ne peut pas (ou ne peut plus) avoir d'enfant est marginalisée, l'enfant est une richesse.
Malgré tout, des campagnes d'information se développent et certaines femmes ont le courage de choisir une contraception sans en parler au mari. Les chiffres sont impressionnants : 7 femmes sur 1000 meurent en accouchant et 123 enfants pour 1000 meurent à la naissance. Mais le taux de natalité est de 7,4. Une femme a une espérance de vie de 48 ans, un homme de 46.
Comment se passe un accouchement au Niger ?
42% des femmes accouchent seules chez elles. 58% de celles-là ont recours à une matrone. On appelle les matrones quand il y a un problème, mais elles ne sont pas toutes formées.
Actuellement, on développe des plans de formation et on les sensibilise à la désinfection des instruments qui pourraient être des facteurs de contamination du VIH.
Si au bout de 72 heures, on s'aperçoit d'un problème, la femme est transportée dans un centre de santé intégré, en charrette. De là, si le problème ne peut être réglé par téléphone, elle est transférée à l'hôpital en ambulance. Il n'y a actuellement qu'une seule ambulance en état de marche à DOGON-DOUTCHI, ville de plus de 500000 habitants.
Les femmes nigériennes accouchent dans le silence le plus total : on entendrait une
mouche voler dans la salle.
Ce serait une honte pour la famille : si la femme respecte sa mère et est fidèle à son mari, il ne doit y avoir aucun problème.
50% de la population ne connaît pas son âge ni sa date de naissance.
A l'époque où j'ai commencé à aller à l'école, 15% des enfants étaient scolarisés. Mon père a voulu que j'apprenne et j'ai fait mes études dans une école missionnaire.
Après j'ai passé mon bac et suivi des études de médecine à l'université de Niamey. Le Niger compte maintenant un petit noyau de femmes intellectuelles et c'est par elles que peut passer l'amélioration de la condition des femmes.
L'instruction des filles est capitale et Tarbiyya Tatali, dans les classes de la seconde chance qu'elle a aidé à mettre en place, a exigé qu'il y ait autant de filles que de garçons.
L'échange a été long et fourni.
Nous tenons à remercier le docteur SEYABATU et à lui souhaiter bonne chance dans sa mission.
Son dynamisme et sa foi dans son pays ont fait l'admiration de tous.
La soirée a fini à la crêperie.
Remarque d'Elodie : j'étais gênée à la crêperie de voir tout ce que nous mangions et que nous étions encore capables de nous plaindre !! Comment SEYABATU pouvait-elle voir ça ?