Jusqu'en 1853 Saint-Martin possède tout le terrain occupé aujourd'hui par les bâtiments de l'Hôtel-Dieu. Par jugement d'expropriation, pour cause d'utilité publique le projet de construction de l'hôpital, et cinq ans plus tard le percement de la rue de l'Hôtel-Dieu amputent le domaine de l'ancien monastère des Capucins de près de 130 ares. A cette même époque la municipalité envisage durant plusieurs années, de rectifier la rue d'Antrain pour la faire déboucher face à la grille de l'Hôtel-Dieu, sous la dénomination de rue Laënnec.
C'est dans ce contexte difficile et incertain que le Père Delanoë entreprend la construction des bâtiments qui pendant un siècle constitueront seuls l'Institution Saint-Martin. Des milliers de charretées de pierres, de sable et de bois arriveront de Pont Réan et d'Antrain au pas lent des chevaux et des boufs sur le site. De janvier 1858 à septembre 1860, il élèvera la moitié Sud. En septembre 1868, il ouvre le chantier de la chapelle. Le chanoine Brune en est l'architecte.
Le 19 juillet 1870 la guerre éclate : la construction de la chapelle est presque achevée. Les autorités militaires sont sur le point de la réquisitionner pour y faire camper la troupe. Pour éviter cette contrainte, on la fait bénir le 20 janvier 1871 par le R.P. Ange Le Doré, supérieur général des Eudistes. Elle est achevée en 1872. Les archives de Saint-Martin nous ont livré son prix : 208.855 Francs et 70 centimes !
La chapelle terminée, le Père Delanoë fait démolir le vieux couvent des capucins et le remplace par la moitié
Nord du bâtiment actuel. Il édifie aussi les petits bâtiments de la conciergerie. Le 21 juin 1875, le Père Delanoë écrit sur son registre : " Tous les travaux sont finis et je ne cesse de remercier le Bon Dieu qui a permis qu'ils se soient exécutés sans inconvénient. " En la même année, il quitte Saint-Martin pour devenir Directeur du séminaire eudiste de la Roche-du-Theil jusqu'en 1884 et c'est en 1888 qu'il rend son âme à Dieu. Un prolongement s'impose à cette brève esquisse de l'oeuvre du Père Delanoë. Un jour une question est posée à celui-ci : " Comment avez-vous réussi ce tour de force de construire presque tout le collège ? "
" En n'allumant qu'une chandelle quand il en fallait deux, mais je n'aurais jamais réussi sans le magnifique concours de mes chers frères coadjuteurs. "
Qui sont les frères coadjuteurs auxquels le Père Delanoë fait référence ?
Il s'agit d'eudistes, membres de la congrégation, mais qui n'ont pas accédé à la prêtrise. Ils sont surtout chargés de tâches matérielles et s'en acquittent avec foi, dévouement et simplicité. Pendant toute la durée de la construction de Saint-Martin, ils sont près de vingt : maçons, menuisiers, terrassiers, peintres... à seconder leur supérieur. Plusieurs d'entre eux acquièrent une grande popularité dans la mémoire des anciens élèves, tel le frère Victor mort en 1932.
La petite histoire rapporte que François Martin (Frère Victor), originaire de Saint-Didier (Ille et Vilaine) découvre sa vocation... en voyant défiler dans les rues de Rennes la fanfare des "Capucins". Pendant des décennies, il tient la contrebasse à cordes à la chapelle et au théâtre de Saint-Martin. Durant soixante ans, il est le responsable de la conciergerie " modèle de vertu, de dévouement silencieux, exerçant sur des générations d'élèves, autant d'autorité que le préfet de discipline ", écrit le Père Jégo.
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