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Lycée Saint-Martin Rennes

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Histoire de St-Martin - par le P L.Denis

Conférence

pour le 180ème anniversaire de la fondation du collège St Martin (4 novembre 2009) - ou au format PDF (135 ko)

Par le Père Louis Denis


Monseigneur, Mesdames, Messieurs, chers amis, chers anciens et anciennes de St Martin, Mesdames et Messieurs les enseignants et personnels d’administration et de service du lycée, Chers élèves de St Martin,

J’ai beaucoup de bonheur à me retrouver avec vous, ici à St Martin ce soir, car nous avons beaucoup de souvenirs en commun. En France, on aime bien célébrer les anniversaires. C’est une bonne manière de se donner des repères et de faire revivre la relation avec le passé. Car, comme chacun sait, il n’y a pas d’avenir sans mémoire.
Quand il s’agit d’événements heureux, en célébrer l’anniversaire, c’est, dans la joie, entendre l’appel à poursuivre, à grandir, à trouver le juste chemin qui permettra à l’événement d’hier ou d’avant-hier d’être vie pour aujourd’hui et pour demain. De toute façon célébrer un anniversaire, c’est toujours évoquer un point de départ dans le temps, dans un lieu, et dans les personnes.
Ce soir, nous célébrons le 180ème anniversaire de St Martin, du lycée St Martin.
C’est sans doute au nom d’un long séjour ici (25 ans en 2 périodes) et de l’amitié que j’ai gardée pour cette maison que l’on m’a sollicité d’intervenir dans cette soirée amicale consacrée à la mémoire des 180 ans d’existence de St Martin, (1829 – 2009), sans interruption, ni délocalisation :
- « St Martin au cœur de la ville hier et aujourd’hui. »
Après avoir dit oui, j’ai mesuré que la tâche ne serait pas facile de couvrir l’histoire et la vie d’un établissement scolaire, depuis ses origines, dans ses évolutions, ses capacités d’accueil, sa pédagogie, son animation culturelle et pastorale, car St Martin entend bien avoir été et demeurer en fidélité à ses fondateurs, un lieu de formation humaine que nous souhaitons imprégné des valeurs chrétiennes.

Sources

Les sources d’information ne manquent pas, mais le risque est de ne pas faire apparaître suffisamment ce qui a fait au long de ces 180 ans et ce qui fait encore l’âme de l’école : la compétence des maîtres, leurs convictions, leur dévouement au service de ces jeunes que l’on accueille, pour leur partager le meilleur de ce que nous avons à transmettre et à faire éclôre en eux, les connaissances et les valeurs qui sont les nôtres et qui nous font vivre. Pour situer St Martin dans la vie et dans l’histoire, nous avons, outre des souvenirs personnels, une documentation abondante.
Avant tout autre, le petit livre du P. Jégo eudiste et professeur d’anglais dans la maison pendant 11 ans, à qui l’on demanda d’écrire : « L’Institution St Martin et les Eudistes à Rennes », à l’occasion du 125ème anniversaire du Collège. C’était en 1954.
Il se lit très facilement. Il est agrémenté d’anecdotes et fait apparaître que la fondation de St Martin en 1829 fut, en quelque sorte, le fruit de la présence des Eudistes à Rennes de 1672 jusqu’à la Révolution. À l’issue de la mission que St Jean Eudes avait prêchée pendant plusieurs mois, l’évêque lui confia la formation des prêtres, successivement, dans un petit et un grand séminaire. Les Eudistes s’en acquittèrent pendant 120 ans, jusqu’à leur expulsion et à leur dispersion en 1791.
Après le plus fort de la tourmente, plusieurs Pères qui avaient été épargnés, revinrent clandestinement, parmi lesquels Charles Toussaint Blanchard qui avait été supérieur du petit séminaire avant la Révolution et qui espérait bien, après 8 ans d’exil en Espagne, en Vieille Castille, se retrouver à Rennes pour se consacrer de nouveau, à la formation des prêtres et à la restauration de sa congrégation. Il revint déguisé en maçon, car, à l’époque, les corps de métiers avaient leur uniforme. À la faveur des changements de régime et des urgences du moment, il fut successivement, administrateur du diocèse, « grand vicaire », entendez par là vicaire général puis sous la Restauration, proviseur du Collège Royal de 1815 à 1822 et recteur de l’académie. Il ouvrit au Pont St Martin en 1811, une pension pour des jeunes en recherche de vocation qui suivaient les cours du Collège Royal, seul établissement secondaire à Rennes, dont l’effectif dépassait alors les 700 élèves, mais qui ne possédait pas d’internat.
Les jeunes du Pont St Martin qui se rendaient chaque jour à pied au Collège Royal, connaissaient bien la rue d’Antrain ou plutôt, la rue Reverdiais (c’était son nom à l’époque), une rue déjà pavée, plus étroite qu’aujourd’hui avec une rigole centrale pour l’écoulement des eaux usées et, par temps de pluie, il y avait intérêt à tenir le haut du pavé. Pas encore d’éclairage public, mais le soir, des quinquets qui brûlaient faiblement aux vitrines des boutiques.
Aller et retour, cela faisait à peu près 4 km et beaucoup de temps perdu pour les études, pensait le P Blanchard, qui avait déjà repéré en bordure de la rue Reverdiais, l’entrée d’un couvent de capucins dont les moines avaient aussi connu l’expulsion en 1791, et qui fut vendu comme bien national (au palais de justice de Paris) à un parisien qui trouva à son tour à le louer à un Rennais fabricant de chapeaux. Celui-ci n’avait que faire de la totalité de ses bâtiments (sans entretien depuis 30 ans) des terrains qui l’entouraient et qui s’étendaient bien au-delà de l’actuel Hôtel Dieu, vers la Cochardière. L’ensemble était dans un degré avancé de délabrement. Le P Blanchard acquit le tout pour 80 000 F au début de 1829 et l’on s’empressa d’aménager ce qui pouvait accueillir à la rentrée 104 élèves du Pont St Martin, en classe de seconde, rhétorique et philosophie, mais sans la mixité bien sûr. St Martin est né comme un second cycle. Il l’est encore aujourd’hui.
Si Le P Blanchard en fut incontestablement le fondateur, il en confia aussitôt la direction à l‘un de ses anciens élèves du Collège Royal, Louis de la Morinière (devenu prêtre et eudiste) qui commença par investir 100 000 F sur ses deniers personnels pour une remise en état plus décente des lieux à usage scolaire. Dans le voisinage du collège et à Rennes, on hésita quelque temps sur le nom qu’il fallait donner à cette nouvelle école : « Pension St Martin ? » à cause du lien qu’elle avait avec le Pont St Martin ; « Pension Louis ? » à cause du 1er directeur le Père Louis ; ou « les Capucins ? » en souvenir du vieux couvent. Peu à peu ce fut St Martin qui l’emporta.
Pour clore cette chronique des fondations, il convient d’ajouter le nom du P Delanoé qui fut le deuxième supérieur de St Martin à partir de 1848 et à qui il revint avec son entourage, d’entreprendre le remplacement progressif de tous les bâtiments conventuels qu’on finit par raser après 268 ans de bons et loyaux services. Le P Delanoé eut aussi le mérite de battre jusqu’à ce jour le record de présence parmi les 24 supérieurs ou directeurs (26 à ce jour) qui se sont succédés à la tête de l’établissement.
Charles Toussaint Blanchard était un normand de Carentilly, Louis de la Morinière était né à Janzé et le P Delanoé était né à Antrain.

Je citerai pour mémoire, les autres sources d’information concernant les origines de Saint Martin :

1. C’est un ouvrage récent (mars 2008), « Les Eudistes au XXème siècle », du P Jacques Venard, eudiste, qui contient une documentation intéressante sur St Martin et son fonctionnement au temps des Eudistes.

2. À partir de 1927 et jusqu’à une époque récente, le bulletin de l’école et des anciens élèves appelé « le Carillon de St Martin ». Il a suivi au plus près le déroulement de la vie scolaire depuis sa création, présenté un état des lieux et, pendant les dernières années, il donnait la liste annuelle de tous les élèves présents dans l’établissement. Il faut savoir que le terme de « Carillon » dans le langage de St Martin a trois acceptions possibles :
• La première concerne les 3 cloches qui sonnaient autrefois, l’angelus, la messe dominicale et les fêtes carillonnées, au clocher de la chapelle. Elles y sont toujours.
• La seconde, c’est ce que les Anciens appellent parfois « l’hymne à St Martin ». J’en dirai un mot tout à l’heure, un poème un peu romantique, qui commence ainsi : « Joyeuses années de ma jeunesse, vous souvient-il du bon vieux temps ? ».
• Et la 3ème , c’est le bulletin dont je viens de vous parler : « Le bulletin du Carillon ».

3. Je n’aurais garde d’oublier un ouvrage tout récent puisqu’il est paru en 2009 avec une préface du cardinal Honoré, ce sont « Les Mémoires d’un enfant du pays gallo », à savoir les souvenirs de jeunesse d’un ancien de St Martin, Prosper Jardin, originaire de Saint Brice en Coglès qui fut pharmacien à quelques pas d’ici (place Rallier du Baty), ouvrage dont l’intérêt est de nous présenter la vie quotidienne des élèves de St Martin entre 1920 et 1935 ainsi qu’une galerie de portraits savoureux de camarades et de professeurs de l’établissement à cette époque. Le regard que porte sur l’école l’auteur de ces mémoires témoigne, à quelques détails près, d’une totale fidélité à la formation humaniste et chrétienne que l’Église dispensait dans ses établissements depuis plus d’un siècle.
Pendant les 2 guerres qui ont marqué le XXème siècle, St Martin continuera de fonctionner, tout en abritant un hôpital militaire complémentaire entre 1914 et 1918, puis il connut l’occupation allemande pendant 4 ans (entre 40 et 44) et aussi la présence des américains durant quelques mois en 1945.

4. Un professeur, le P Joseph Hamon, a consacré une trentaine de pages à la vie de St Martin à cette période. L’établissement était aux trois quart occupé. On continuera d’y enseigner dans un espace réduit ; une partie de l’internat avait émigré à Fougères et une autre à La Roche du Theil, près de Redon. C’était, disait-on, « St Martin aux champs ».
En le lisant, on réalise qu’il fallut déployer beaucoup de diplomatie pour rendre possible la coexistence pacifique avec les allemands et même avec les américains.


5. J’en aurai fini avec les sources en soulignant l’existence d’un CD rom consacré aux 100 années d’archives du Collège et en vous recommandant d’aller sur le site internet, « lycée privé St Martin », qui ne contient pas moins de 166 photos de classes, de communions solennelles et divers événements, qui ont été déposés sur le site ces dernières années, par des anciens élèves. Si vous étiez du nombre, vous avez des chances de vous y retrouver.
Voilà pour les sources.

Histoire de Saint-Martin

Dès l’ouverture en 1829, dans la tradition de la pension du Pont St Martin qui avait fonctionné depuis 1811, on eut à cœur, de faciliter l’accès du collège, financièrement, à des familles aux revenus modestes, ce qui exigea, avec le souci d’entretenir et de reconstruire les bâtiments, une gestion rigoureuse qui n’écarta pas le risque d’une fermeture en 1843. Heureusement la réputation du collège n’était déjà plus à faire et on réussit à retrouver l’équilibre financier et même à envisager sérieusement le remplacement du vieux Couvent des Capucins par des bâtiments neufs et fonctionnels. On ne peut pas faire l’histoire de l’Enseignement Catholique en France sans évoquer au moins deux lois, à un siècle de distance : Falloux et Debré. La loi Falloux, en 1850 reconnut à l’Église le droit d’ouvrir à nouveau des établissements d’enseignement. C’était, à l’époque, l’une des priorités pastorales de l’Église mais les familles devaient en assumer tous les frais.
Il faudra attendre encore 100 ans pour obtenir le droit d’accueillir des boursiers nationaux en 1951 et 1952, avec les lois « Marie et Barangé », car la législation de Jules Ferry en 1880 avait abrogé la plupart des dispositions de la loi Falloux jugées trop favorables à l'Enseignement secondaire catholique.

Un établissement secondaire, c’est d’abord des élèves que l’on accueille pour leur partager un savoir et une formation. Pour un temps où l’enseignement n’était pas encore obligatoire en France on avait prévu grand. St Martin, à partir de 1870 pourra recevoir 400 élèves, en internat et en externat, sur une durée de 6 ans de la 6ème à la terminale.

Un collège, c’est aussi un corps enseignant nombreux et diversifié dans ses compétences. Les diocèses et les congrégations religieuses y pourvoyaient à 100% ou presque, mais pour le personnel de service (et quelquefois d’administration ou d’encadrement), outre les eudistes, il y avait à St Martin des Frères Eudistes qui vivaient comme des religieux. Pour les uns comme pour les autres, il n’était pas prévu de salaire. L’enseignement catholique, ici et ailleurs, a vécu longtemps sur le bénévolat des personnes et il faudra attendre 1930 pour voir apparaître les premiers laïcs professeurs : tous des hommes. Quant aux moyens matériels d’enseignement, ils étaient fort réduits, à part les cartes murales de géographie et quelques microscopes au cabinet de physique. Peu à peu l’éducation physique, la gymnastique et les sports, trouvèrent leur place dans la vie des élèves. Le football remplaça la soule et les chars. Les compétitions mirent en présence des élèves des établissements voisins entre autres, St Vincent, qui avait été ouvert rue de Fougères en 1844 et le Carillon eut à cœur, dès sa première édition, de faire très régulièrement le compte-rendu de rencontres sportives mémorables.
L’amputation du domaine des Capucins pour construire l’Hôtel Dieu en 1853 et le percement de la rue du même nom en 1858 contribuèrent en partie au financement des nouvelles constructions programmées par le P Delanoé en particulier la chapelle à partir de 1868. On s’étonne encore aujourd’hui de la réalisation de bâtiments d’une telle qualité, comme le bâtiment principal avec son fronton sculpté portant l’emblème des Cœurs de Jésus et Marie, chers aux Eudistes, et son élégant campanile qui abrita d’abord la cloche des capucins et, à partir de 1925, Marie-Eudes, la cloche du collège qui réglait plusieurs fois par jour, quand ce n’était pas plusieurs fois par heure, tous les mouvements de la vie scolaire. Après 57 ans de bons et loyaux services cette cloche rendit l’âme dans les derniers jours de juin 1982.
Depuis le temps des fondateurs, la Congrégation des Eudistes avec une belle vitalité, assurait tous les postes d’enseignement et d’encadrement. La chapelle achevée et consacrée en 1872 était vraiment le cœur du collège. Les plans en avaient été dressés par un prêtre, le chanoine Brune, qui était professeur d’archéologie chrétienne au grand séminaire de Rennes, et qui fut l’architecte d’une douzaine d’églises et de chapelles dans le diocèse, entre autre, Cesson, Combourg, Bédée et, à Rennes, la chapelle dite des BeauxArts et celle de St François, rue de Redon.
- Arthur Régnault, ancien élève de St Martin, qui construisit ou restaura une cinquantaine d’églises dans l’Ouest entre 1864 et 1929, affirma devoir beaucoup à l’abbé Brune dans la conception de son métier d’architecte. On admire toujours l’élégance de la chapelle de St Martin, avec son clocher normand choisi à cause de l’origine normande de St Jean Eudes et de beaucoup d’Eudistes, le carillon de trois cloches, qui sonnait l’angélus, les messes du dimanche et des grandes fêtes, la décoration intérieure de cette chapelle, son chemin de croix sculpté et les vitraux, entre autres, face à la division des petits, l’archange St Michel qui pourfend un Satan rouge flamboyant du plus bel effet. Et puis un gisant martyr de la foi, St Théophile, extrait des catacombes romaines, et ramené de Rome par le P Louis de la Morinière en 1847. Après l’exhumation des restes du P Blanchard au cimetière du Nord (qui a gardé la croix de granit, la plus haute du cimetière, sur son tombeau), son corps fut déposé à La Roche du Theil, mais son cœur fut placé dans la chapelle de St Martin où il est toujours derrière une plaque de marbre noir près de saint Théophile.
Pendant 150 ans, les célébrations dominicales et chaque jour la messe des prêtres (qui furent au nombre de 25 pendant longtemps), les vêpres et saluts du St Sacrement le dimanche, ont rassemblé des générations d’élèves pour des liturgies très préparées, soutenues par un orgue de grande qualité offert par les anciens élèves en 1929 à l’occasion des fêtes du centenaire de St Martin. La chorale de professeurs et d’élèves était riche et belle et, chaque dimanche la schola grégorienne accompagnait la messe. Professeurs et élèves se prêtaient pour cela à de nombreuses répétitions, toute l’année.
Je ne dirai qu’un mot des ornements de l’époque, dont un ensemble en drap d’or de grande valeur dont on prenait le plus grand soin, qui avait été offert au P Louis, en 1835 et que l’on voyait apparaître aux fêtes solennelles.
De la chapelle et du couvent des Capucins peu à peu disparus, il reste encore aujourd’hui trois vestiges : un puits, un ossuaire et la base d’une colonne.
Le puits qui existe toujours dans le sous sol du bâtiment principal et fut utilisé par le collège aussi longtemps que le service d’eau de la ville ne fut pas installé et qui le fut occasionnellement depuis.
L’ossuaire des moines recouvert de dalles de schiste bleu, se voit entre la chapelle et la sacristie.
Enfin une base de la colonne du cloître des Capucins (près d’un contrefort de la chapelle), fut oubliée sans doute par la dernière charrette qui transporta les restes du couvent à la décharge.

Quand on demandait au P Delanoé comment il avait réussi ce tour de force, de reconstruire complètement, en moins de 20 ans, le collège, il répondait : « en n’allumant qu’une chandelle quand il en fallait deux, mais, ajoutait-il, « Je n’aurai jamais réussi sans le magnifique concours de mes Frères Coadjuteurs ». Ces frères s’appelaient : Jean, Etienne, Victor… en tout plus d’une trentaine qui se sont succédés à St Martin dans la deuxième moitié du XIXème siècle et le début du XXème siècle.

La fin du XIXème vit la naissance, en 1877, de l’Association Catholique des Anciens élèves, à l’occasion d’une fête pour laquelle on avait composé un cantique et un chant, « l’hymne au Collège », baptisé "le Carillon", dont Paul Deschamps, 1er prix de flûte au conservatoire de Paris, avait écrit la musique. Les deux eurent un tel succès que l’on s’efforça depuis, et jusqu’à nos jours, de n’oublier ni l’un ni l’autre, à chaque assemblée générale annuelle de l’Association des Anciens. Bien remis dans leur contexte l’un et l’autre ne manquent pas d’allure.
Si le collège St Martin vécut des années paisibles pendant 30 ans (1850 – 1880), après le vote de la loi Falloux, dans un environnement amical, peu à peu, malheureusement, avec la fin du siècle (le XIXème siècle), le ciel de l’Église de France s’assombrit. Pas moins de 20 lois hostiles à l’Église et à l’Enseignement catholique furent votées entre 1879 et 1905, date de la séparation de l’Église et de l’État, mais l’établissement St Martin fut touché dès 1903 par l’éviction des congrégations religieuses. En effet, le 20 juillet 1903, s’achevait l’année scolaire et contrairement à l’habitude, il n’y eut pas de Distribution des Prix à la salle des fêtes, mais seulement la lecture du Palmarès. Le supérieur, le P Lucas, ponctua cette lecture en annonçant que les Pères quitteraient la maison le 31 juillet. Ce jour-là, après une bénédiction du St Sacrement à la chapelle, les Pères franchirent la porte du collège à pied, une valise à la main pour se rendre à la gare, escortés de quelques milliers d’élèves, d’anciens élèves et d’amis de la maison. D’après le « Journal de Rennes » en date du 1eraoût 1903, 2 brigades de gendarmerie montée, suivies d’une Compagnie d’infanterie attendaient devant la gare, en prévision d’une manifestation. Elles n’eurent pas à intervenir.

Séparation de l’Église et de l’État
Qu’allait devenir St Martin ? Au moment de cette expulsion, c’était le temps des grandes vacances. Heureusement, le diocèse de Rennes avait alors de nombreux prêtres formés à l’enseignement. Il fut décidé de suppléer au départ forcé des Eudistes aussi bien à St Martin qu’à St Sauveur de Redon et dès la rentrée suivante, sous la direction des abbés Barbotin et Cotel, l’activité éducative continua comme avant de 1903 à 1920, soit pendant 17 ans.
Malgré tout, en 1906, le collège St Martin fut mis officiellement en vente comme "bien d’Église". C’est un ancien élève, Gustave Régnault, médecin à Rennes et frère de l’architecte, qui le racheta de ses deniers, avec l’intention de le remettre aux Eudistes quand ils seraient de retour. Cet homme au grand cœur et au dévouement incomparable a toujours son nom à Rennes, nom que la municipalité des années 1930 a donné à une petite rue voisine de l’église St Germain, « rue du docteur Régnault, médecin des pauvres ». On aurait pu ajouter et "bienfaiteur de St Martin".
Pour mémoire, son frère et lui avaient été condisciples à St Martin de Fulgence Bienvenue, constructeur du métro de Paris en 1900. Fulgence Bienvenue arrivait alors comme pensionnaire à St Martin de la petite ville d’Uzel, dans les Côtes du Nord. Il avait un oncle eudiste, le P Émile Bienvenue, qui enseignait à St Martin et qui avait pris en charge pour le temps des études, son neveu.

En 1914 exilés en Belgique, au Canada ou en Colombie, les Eudistes répondirent cependant présent à l’appel de la mobilisation et revinrent défendre leur pays. Plusieurs, après l’armistice de 1918, retrouvèrent le chemin de St Martin et reprirent l’enseignement dans la discrétion, encouragés par la DRAC (la Défense des Religieux Anciens Combattants).
En appliquant à St Martin comme à de nombreux établissements secondaires catholiques, la loi de 1901 sur les associations, on sauva partiellement St Martin des lois antireligieuses du début du siècle, par la création d’associations propriétaires. Nous vivons encore sous ce régime aujourd’hui.
À partir de 1920, les Eudistes en reprirent, à part entière, la responsabilité et le fonctionnement avec une grande reconnaissance pour l’intérim de 17 ans qui avait été assuré par les prêtres du diocèse de Rennes.
À cette époque, pour avoir une vue d’ensemble sur l’établissement entouré d’un haut mur de schiste rouge, il valait mieux emprunter le petit tram électrique jaune qui longeait ce mur et s’arrêtait tous les quarts d’heure près de le porte du collège. Pour prévenir de son passage, outre le grincement des roues sur les rails, la "watman" en sarrau et béret noir actionnait du pied un timbre sonore, dont les vieux rennais n’ont sans doute pas oublié la tonalité. La vigne vierge n’avait pas encore revêtu la façade principale du bâtiment, mais déjà, au printemps, le magnolia offrait aux regards un beau bouquet de fleurs blanches. Au fait, qui pourra nous en dire l’âge ? Il est sûrement plus que centenaire !

- Dans les années 1930, on vit peu à peu se développer l’éducation physique et sportive au collège, et « le Carillon » (il s’agit cette fois du bulletin) en donna de larges compte-rendus. Quand on n’était pas sportif, les jeudis et dimanches, l’internat de chaque division partait en promenade en rangs par trois, vers le Bois des Galets au-delà de l’octroi de Fougères ou encore, en mai et juin, vers la Baignade de la Bellangeraie aménagée spécialement pour St Martin, casquette obligatoire le jeudi et uniforme le dimanche, avec les gants, la chemise blanche et la cravate noire. Au retour, c’était "l’étude" qui s’achevait, le dimanche soir, par les vêpres à la chapelle. Ce régime de vie n’était pas propre à St Martin. C’était le même à St Vincent, à St Malo ou à Redon ainsi que la messe de minuit à Noël au collège et les vacances du second trimestre déterminées selon la date de Pâques.
Les externes avaient l’avantage de pouvoir devenir louveteaux ou scouts de France : St Martin avait sa meute et sa troupe, la XIIème Rennes.
Le dimanche, on travaillait comme les autres jours pour terminer la dissertation ou la rédaction si on n’avait pas eu d’inspiration le samedi soir, ou bien on se contentait de la lecture des livres de la bibliothèque de Division.

Plusieurs fois dans l’année, l’on se rendait à la Salle des Fêtes pour des "séances récréatives", en général des pièces de théâtre du répertoire classique, données par des troupes itinérantes, mais aussi par des élèves, à l’initiative de tel ou tel professeur, entre autres le P Danion qui avait formé dans les années 30 une troupe de théâtre, et qui avec sa troupe avait monté aussi bien « la Pastorale de Noël » que « la Cagnotte » de Labiche ou encore "le Tour du monde en 80 jours". On venait plus rarement à la salle des fêtes pour des concerts de musique de chambre ou pour des conférences (Albert Ducroq était venu nous présenter sa « Renarde électronique » dans les années 1950 ; c’était alors la pointe du progrès), mais on y venait aussi pour les Vœux au supérieur et aux professeurs au début de janvier, pour la fête des Anciens élèves et naturellement pour la Distribution Solennelle des Prix, présidée chaque année par une autorité religieuse ou un ancien élève de renom, invité par le supérieur du collège. En 1953, dans la perspective du 125ème anniversaire, la Salle des Fêtes connut une belle rénovation grâce à l’architecte Perrin (ancien élève). Elle s’ouvrit également à cette époque à la projection de films mais, peu à peu, pour des raisons de capacité et de sécurité, et aussi en raison des changements dans les rythmes scolaires, elle servit à d’autres activités, le sport par exemple, avant la construction d’un lieu spécifique. Puis elle entra en léthargie dans l’attente de nouveaux projets. L’avenir nous le dira…


Comme en 14-18, St Martin sera réquisitionné en 1939 aux fins d’y installer un hôpital militaire. Mais ce sont les allemands qui occuperont les lieux dès leur arrivée, en laissant seulement un peu de place pour le fonctionnement de l’externat. Cela dura 4 ans ! Le P Joseph Hamon, professeur d’allemand au collège de 40 à 47, avait vécu toute cette période. Il fut un intermédiaire efficace pour dialoguer avec les occupants successifs et il en a laissé un compte-rendu d’une trentaine de pages qui laisse à penser combien cette coexistence fut difficile et délicate. Néanmoins, le collège continua de fonctionner avec des antennes en ville, voire à Fougères et à la Roche du Theil pour l’internat.

Depuis 1949

C’est vraiment à partir de 1949 et je n’irai pas au-delà de 1989 (rassurez-vous) que St Martin va entamer, dans tous les domaines de sa raison d’être, de très grands changements. Dans l’histoire du collège, il ne fait aucun doute que la période 1949-1989 a connu plus de changements que les 120 ans qui l’ont précédée.
En 1949, on peut dire que St Martin était encore une école bien insérée dans le tissu chrétien de la société. On y célébrait chaque année la communion solennelle, la confirmation et la Fête Dieu. L’enseignement religieux se donnait à l’égal des autres enseignements dans toutes les classes.
Le premier exercice commun des élèves le jour de la rentrée était le placement des élèves à la chapelle et, généralement le soir même, commençaient les exercices d’une retraite de rentrée. Un peu avant les épreuves du baccalauréat, tous les élèves de terminale bénéficiaient d’une retraite de fin d’études. C’était la règle dans les établissements secondaires catholiques de Bretagne.
En dehors de quelques compétitions sportives, chaque école, chaque collège en particulier, vivait à Rennes dans une grande autonomie, mis à part le jour de la fête des écoles qui les rassemblait toutes depuis 1931 (un dimanche du mois de mai ou le jour de l’Ascension), d’abord sur le terrain du patronage de « Toutes grâces » (parc de Montabizé), devenu ensuite « les cadets de Bretagne », et plus tard au Stade Rennais. Il convenait d’y faire bonne figure et, à St Martin, le P Année, préfet de discipline et responsable des sports - 1949, c’était encore le temps des tableaux noirs, des encriers d’encre violette et des tables sculptées par des générations d’élèves, qui tenaient avec leurs initiales, à laisser une trace de leur passage. Les effectifs de St Martin tournaient alors autour de 600 élèves. Seul l’uniforme bleu marine n’était plus obligatoire à partir de la 4ème. Rien ou presque rien n’avait changé depuis des décennies dans la vie quotidienne du Collège.


Chaque année, le premier numéro du « Carillon » reproduisait dans ses premières pages, le "Règlement" de l’établissement. Comme il avait fait ses preuves et qu’il n’était pas encore contesté, il faisait autorité.
Le travail, le respect des personnes, le silence, tant en classe que dans les déplacements de groupe, étaient impératifs. Si mes souvenirs sont bons, je pense pouvoir dire que le Règlement était appliqué avec bienveillance : les conseils de discipline étaient rares. Les "arrêts" que l’on devait faire "en marchant" et quelques retenues le jeudi après-midi suffisaient à remettre dans le droit chemin, les élèves qui avaient cru bon de s’en écarter un peu.


En 1949, il y avait 25 pères eudistes dans la maison, des jeunes et des moins jeunes qui assuraient, pour la plupart, des tâches administratives d’enseignement, d’encadrement et d’éducation. 2 ou 3 laïcs, pas plus, dont M Maurice Coulombier (depuis 1927) professeur de mathématiques et un jeune professeur d’éducation physique, Jean-Marie Hardy devenu par la suite, professeur d’espagnol.
Dans le prolongement de la salle des fêtes, il y avait aussi quelques classes primaires, sous la direction d’une communauté de Sœurs de la « Présentation de Broons ». Elles avaient en même temps la charge de la lingerie et de la cuisine. Ainsi un certain nombre d’élèves entrés à St Martin en primaire, pouvaient y passer 11 ans consécutifs, de la 11ème au baccalauréat. Avec la suppression des classes élémentaires et du collège, les sœurs de Broons quittèrent St Martin en 1969 après 93 ans de présence et de service.
- 1949, la vie matérielle des établissements scolaires catholiques en Bretagne traversait, il faut le dire, une période de plus en plus difficile. On ne vivait que de la scolarité des élèves et des pensions des internes et demi-pensionnaires. Les enseignants étaient logés à la même enseigne et les bâtiments souffraient dans leur entretien. Moyennant quelques sous, on pouvait emprunter des livres à la bibliothèque de division et les distractions étaient rares dans l’établissement.
- Les lois « Marie et Barangé » en 1951 et 1952 firent briller un pâle rayon de soleil, en ouvrant l’accès des établissements secondaires privés aux "boursiers nationaux" et St Martin fit aussitôt le nécessaire pour y avoir droit.
- Dans un tout autre domaine, en 1953, le collège et les amis de St Martin furent heureux que la municipalité de Rennes donne le nom de St Jean Eudes à la place qui jouxte l’établissement. C’était reconnaître le passage de St Jean Eudes à Rennes en 1670 et aussi la présence de St Martin au cœur de la ville.
- 1954, marqua le 125ème anniversaire de la fondation du collège. On célébra l’événement en présence du cardinal Roques, de Monsieur le Maire de Rennes, du Père Provincial des Eudistes, avec un grand concours de parents d’élèves et d’anciens. On bénit la croix de granit érigée à la mémoire des fondateurs: Blanchard, Louis et Delanoé. On peut la voir entre les contreforts de la chapelle.
La même année 1954 vit la création de l’Association des Parents d’élèves pour les associer davantage à la vie de l’établissement. On réalisa avec eux, par la suite, des Ventes de Charité mémorables pour alimenter la caisse de la Conférence St Vincent de Paul qui venait en aide, avec le concours de quelques élèves, aux familles pauvres du quartier.
À cette époque, en 1955, le virus H1N1 n’existait pas encore, mais la fin de l’année 1955 connut une épidémie de grippe saisonnière qui nous obligea à remettre tous les pensionnaires à leurs familles 15 jours avant Noël. La classe continua néanmoins pour les externes qui n’étaient pas touchés par le virus. Cette année-là aussi, à l’initiative d’élèves de la division des grands et avec l’autorisation des responsables du collège, naquit un journal mural : « Ouest Martin », qui n’eut qu’une durée éphémère mais qui exprimait déjà un désir d’ouverture et de participation des élèves à la vie de leur établissement.


Plus important, avec le retour au pouvoir du Général de Gaulle en 1955, on apprit qu’il était dans ses intentions de régler le problème scolaire, mais c’est seulement quatre ans après, que son premier ministre Michel Debré, fera voter, non sans peine, la loi qui depuis porte son nom et qui fut un événement déterminant dans les relations de l’Enseignement catholique avec l’État : la loi du 31 décembre 1959 » (50ème anniversaire en 2009). Cette loi proposait un choix aux établissements privés, soit de demeurer dans le statu quo, soit de souscrire un contrat assorti de conditions très précises pour obtenir une aide financière de l’État aux établissements : « le forfait » et la prise en charge des salaires des maîtres, eux-mêmes titulaires d’un contrat avec l’État, dans le cadre de diplômes universitaires exigés et d’une inspection pédagogique favorable.

Ce fut un grand moment dans la vie de St Martin et des autres établissements concernés, conjugué d’ailleurs à une demande croissante et rapide du nombre des élèves et au renouvellement et à l’accroissement d’une partie des enseignants.
-En 1962, on put entreprendre la construction d’un nouveau bâtiment devenu indispensable à usage de Salle de Sports, de classes et d’internat, aux dépens d’un magnifique potager (entre la rue d’Antrain et la rue St Malo), qui avait occupé à temps complet un jardinier pendant des décennies, et qui cachait en sous-sol des vestiges de la « via Ingena », la voie romaine qui reliait Avranches à Carhaix à l’époque gallo-romaine.

Il y eut plus tard mai 68. L’initiative de cette effervescence que l’on n’avait pas su prévoir, fut prise au départ par les étudiants et se transmit, comme par osmose, aux lycéens du privé comme du public sous la forme d’une contestation de la société dans ses valeurs traditionnelles et les lycéens en profitèrent pour porter un regard critique sur le fonctionnement de l’institution scolaire, sans remettre néanmoins en cause, l’existence d’un enseignement privé catholique et sans politiser la situation.

Avant la fermeture de tous les établissements secondaires pendant une semaine, à la demande du rectorat, la rue d’Antrain connut de nombreux défilés de la mairie au rectorat de l’académie et les élèves de St Martin emboîtèrent le pas. Dans les établissements, les réunions s’enchaînaient les unes aux autres. Certains professeurs jugèrent prudent de se tenir à l’écart. D’autres, au contraire, cherchèrent le dialogue avec les élèves. À St Martin, grâce à une équipe éducative bien soudée et au dialogue avec le Père Jacques Couturier, alors directeur de l’établissement on sut maintenir la confiance réciproque et préparer les évolutions qui allaient aboutir à la mise en place d’un second cycle exclusif et d’une mixité sans problème. Peu à peu se créèrent au niveau des classes comme de l’école, des structures de rencontre, de concertation et de participation pour associer davantage les jeunes à la réussite de leurs études et à la préparation de leur avenir.
Parallèlement apparut dans le langage de l’Enseignement catholique une expression pleine de promesses : celle de « Communauté Éducative » pour inciter toutes les forces vives d’un établissement à se rejoindre et à œuvrer ensemble : élèves, parents, gestionnaires, personnel d’enseignement et d’administration au sein d’un conseil d‘établissement, et pour le personnel, la création d’un Comité d’entreprise.

- Depuis 1970, s’était mis en place, le complexe « Adoration-Immaculée-St Martin », pour une meilleure gestion des ressources et des postes d’enseignement et pour permettre d’avoir un plus large éventail de choix dans les programmes à l’entrée en second cycle.


- En 1975, St Martin est désormais devenu lycée privé d’enseignement général et technologique, 920 élèves et 67 professeurs sont présents dans l’établissement. La présence des Eudistes des années 50 s’est considérablement réduite et leur maintien pose déjà un problème. En raison notamment des contraintes horaires, des programmes et des travaux pratiques, il n’est plus désormais possible de maintenir un enseignement religieux didactique, mais une aumônerie interne à St Martin se mit en place et continue d’offrir un lieu de rencontre, de recherche, d’écoute et de prière pour les élèves. Mais l’esprit, l’atmosphère de la maison restent toujours imprégnés des valeurs spirituelles évangéliques, héritées des fondateurs.
Le petit monde clos et protégé d’hier et d’avant-hier est devenu peu à peu ce qu’il est aujourd’hui, semblable à une maison de verre où l’on assiste à des échanges constants entre le monde extérieur et l’école pour essayer de les prendre en compte, de les analyser, puis pour les rapprocher des autres types de connaissances véhiculés notamment par les médias.


- La fin de cette décennie 70-80, vit le premier centenaire de l’UCAE (Union catholique des anciens élèves) en 1977, ainsi que des travaux sur le clocher de la chapelle et, en 1979, le cent cinquantième anniversaire de St Martin. Si j’évoque les travaux sur le clocher, c’est surtout pour faire droit à une anecdote qui ne passa pas inaperçue à l’époque.
Les pignons du clocher, en pierre blanche de Caen, étaient sommés à l’origine de jolis fleurons sculptés qui ajoutaient à l’élégance de ce clocher. Malheureusement le temps faisait son œuvre, ces fleurons se désagrégeaient. Il fallut intervenir. Les refaire à l’identique dépassait nos moyens. On se résolut donc à les supprimer pour éviter tout accident.

Ce fut l’occasion pour plusieurs d’entre-nous, de découvrir un lieu mal connu car difficilement accessible, en dessous de la chambre des cloches, que l’on atteint après une ascension de 120 marches. Seul le réglementaire (c’était le nom de l’élève à qui était confiée la charge de sonner l’angelus) en avait habituellement la clé. En ouvrant le local pour entreprendre les travaux sur le clocher, on fut bien étonné de voir que le local susdit avait été aménagé comme un petit salon assez accueillant grâce aux tapis empruntés à la sacristie, aux chaises prises à la chapelle et aux gravures murales qui n’étaient pas nécessairement des images pieuses. C’est là que le réglementaire réunissait ses camarades pour fumer la cigarette pendant les récréations et passer un moment plus agréable. Le réglementaire ne fut pas reconduit dans sa fonction et il fut prié de remettre à leur place les mobiliers qu’il avait squattés. On en parla dans la maison pendant quelque temps.


La fin de la décennie 70-80 fut marquée par les fêtes du 150ème anniversaire de l’établissement. Ce fut grandiose et préparé de longue date. Le long mur de schiste en bordure de la rue d’Antrain fut abaissé, remplacé par une grille élégante, par une entrée plus accessible aux voitures et par des locaux d’accueil bien rénovés.
Cela justifiait la réflexion d’un ancien élève qui déclara un jour: « Vous savez, St Martin, c’est le collège de la rue d’Antrain qui offre chaque année au printemps un bouquet de fleurs aux passants ».
Pour le 150ème anniversaire, on demanda à un historien spécialiste de la Restauration, le Père de Berthier, de situer les origines de St Martin à cette époque. Il y eut aussi sur une période d’un mois, le mois de mai, une série de manifestations religieuses, culturelles et sportives qui réunit naturellement, toutes les composantes de la communauté éducative, et un grand concours d’élèves, d’anciens et d’amis, sous la présidence du supérieur général des Eudistes et du cardinal Gouyon. À la rentrée suivante, le Père Jean Durocher, prêtre du diocèse et ancien directeur du Collège St Magloire de Dol, en succédant au Père Denis nommé directeur diocésain de l’Enseignement catholique, assura pendant six ans la direction de Saint Martin.

1981, le projet de grand service public laïque

Mais voilà que de nouveau, des nuages assombrissent le ciel de l’Enseignement catholique. On s’était habitué au régime des contrats issus de la loi Debré, malgré quelques incidents ou accidents de parcours relatifs notamment au versement des forfaits, aux salaires des maîtres et au régime des retraites Les services de l’Académie nous considéraient désormais comme des partenaires, associés au service public de l’éducation. Mais en 1981 le gouvernement change. Le 1er mai, François Mitterrand annonçait : « Je propose la mise en place d’un grand service public, unifié et laïque de l’Education Nationale ». Et il confiait à son ministre Alain Savary, la charge de réaliser ce projet en ajoutant cependant : « J’entends convaincre et non contraindre ».
On eut quand même des sueurs froides à St Martin comme ailleurs. Et la déclaration, les jours suivants, de Gaston Deferre qui était ministre de l’Intérieur à l’époque, ne fut pas non plus pour nous rassurer. Il voulait libérer les communes et les collectivités territoriales de l’obligation de verser le forfait d’externat aux écoles sous contrat. C’était évidemment rallumer la guerre scolaire.
10 000 personnes se réunirent spontanément à Rennes à la salle omnisports le 14 novembre 1981. La situation se durcit encore quand on apprit qu’on avait préparé une loi qui abrogeait la loi Debré pour créer des EIP (établissements d’intérêt public). Dès lors, ce furent des manifestations de grande ampleur à travers la France. 400 000 personnes à Rennes en 1984. 1,5 million à Paris le 24 juin. À la suite de quoi, le projet fut retiré et on en revint heureusement au statu quo. À St Martin, comme ailleurs, on pensa l’avoir échappé belle.

Dernières évolutions

L’établissement dépassait alors le millier d’élèves et accueillait une centaine de professeurs. Pour s’adapter aux conditions toujours nouvelles de l’enseignement il fallait, coûte que coûte, investir dans de nouveaux moyens pédagogiques : médiathèque et laboratoires, accroître et rénover les locaux d’accueil et d’internat, mais avec la volonté déterminée de maintenir, voire de développer les éléments du caractère propre d’un établissement d‘éducation chrétienne pour le monde d’aujourd’hui et pour le monde de demain. Tâche très difficile si l’on tient compte des changements de mentalités induits par notre société de consommation et par le climat d’indifférence de la société mais aussi par la nécessité d’articuler les exigences de service public que rend un établissement sous contrat avec sa mission ecclésiale à l’égard de tous les jeunes, croyants ou non, qui frappent à sa porte.
Reste que, par sa seule présence, tout enseignant dans l’exercice de sa profession, enseigne ce qu’il sait et ce qu’il est! Qu’on en juge d’ailleurs par les éditoriaux qu’ont signé le P Durocher, comme ses successeurs Gabriel Gaudin, Jacques Audrain et Jean-René Guilbert dans les pages du Carillon.

Grâce à l’armature solide des associations et des comités de l’établissement, grâce à la tutelle mise en place ces dernières années par les Eudistes, grâce à la DDEC (Direction Diocésaine de l’Enseignement Catholique), je crois que St Martin a continué, à son pas et à sa manière, de proposer aux jeunes qui passent le visage d’une communauté éducative profondément dévouée à chacun. Nous ne pouvons que lui souhaiter encore un bel avenir au-delà de ces 180 ans. Pour ma part, je suis heureux d’avoir été associé à cette histoire et, par la même occasion, à l’histoire de tous les élèves qui se sont succédés. Leur reconnaissance, quand elle s’exprime, ne nous trompe pas.


Je terminerai par une anecdote que je ne suis pas près d’oublier. C’était au matin de la rentrée 1958. St Martin accueillait encore les élèves de la 6ème à la terminale. Amenés par leurs parents, les petits internes étaient arrivés la veille au soir. Xavier, un petit nouveau, à peine douze ans était un peu perdu dans cette grande maison. Il venait d’une toute petite école rurale, dans une commune à l’est du département et son père qui était cantonnier avait fait un gros effort, pour inscrire son fils dans un collège catholique à Rennes. Ce matin là, Xavier s’approcha du Père préfet, le P Année, à qui il avait été présenté la veille au soir et lui dit en levant son doigt et avec le plus pur accent du terroir : - « Mon Père, voulez-vous bien que "j’vas qu'ri' mes hardes au dortoir" ?
Le P Année, auprès de qui je me trouvai, le regarda avec un bon sourire et lui dit :
- Comment t’appelles-tu ?
- Je m’appelle Xavier.
- Tu es de la campagne ? Moi aussi. Mais si tu parles comme cela ici, les autres vont rire de nous. Voilà, ce qu’il faudra me dire désormais: « Voulez-vous me permettre d’aller chercher mes affaires au dortoir » ? »
Et ce petit bonhomme, encore tout menu et timide, enregistra les conseils. Après une bonne scolarité à St Martin de la 6ème à la terminale, Xavier, boursier de l’État, fit une école d’ingénieurs. Il a épousé une femme médecin. Il a maintenant 63 ans et 3 enfants. Il travaille dans le Nord. Et, de passage à Rennes, il y a quelque temps, il me demanda de l’accompagner pour présenter à sa femme et à ses enfants, le collège St Martin où il avait fait ses études. Et sa femme me dit : « Ah ! Il nous en parle souvent. D’ailleurs, nous avons choisi l’Enseignement Catholique là où nous sommes, pour élever nos enfants. »
De mon côté, il me revint en mémoire, l’épisode de la rentrée de 1958. Je me suis gardé de le rappeler à Xavier ce jour-là. Mais cela me fit chaud au cœur, je puis vous l’assurer.
Alors vive Saint-Martin !


Note biographique - Le Père Louis Denis, Eudiste (CJM), fut professeur de lettres puis directeur du lycée Saint-Martin, directeur de Saint-Sauveur de Redon, avant de devenir directeur diocésain en Ille-et-Vilaine. Il est présentement curé de Breteil.

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