Lycée
Saint-Martin
Rennes
Nous sommes en 1878. Depuis presque cinquante ans, le collège Saint-Martin
réside rue d'Antrain. Depuis 1844, le collège Saint-Vincent (le
premier) est implanté non loin de là, rue de Fougères. Les deux
établissements vivent en bonne intelligence et même prospèrent côte
à côte. Jusqu'en 1850, la loi leur impose d'envoyer leurs élèves
des classes supérieures - sous peine de ne pouvoir obtenir le baccalauréat
- suivre les cours du collège Royal, devenu lycée en 1848
. Ils ne jouissent alors, ni l'un ni l'autre, du "plein exercice"
c'est-à-dire du droit de posséder toutes les classes du cursus scolaire.
C'est la loi Falloux qui accordera en 1850 ce droit aux établissements
d'enseignement privé.
A partir de cette date, Saint-Martin pourrait en faire usage, mais
il ne dispose pas des ressources financières nécessaires, ni de
personnel suffisant. Il lui reste à choisir : continuer à envoyer
ses élèves suivre les cours du lycée ou leur faire suivre ceux de
Saint-Vincent. Son choix se porte sur Saint-Vincent. Cet état de
fait dure quelques décennies sans difficulté particulière. Mais
les Eudistes n'avaient pas renoncé à user du droit de plein exercice
pour l'avenir. En 1878, la situation financière de Saint-Martin
s'est améliorée, les constructions sont achevées, aussi décident-ils
de garder dans leur collège leurs élèves jusqu'au baccalauréat.
Le cardinal Brossais Saint-Marc vient de mourir. Les autorités diocésaines
provisoires ne font pas obstacle à cette légitime décision.
A la rentrée d'octobre 1878 les élèves de Saint-Martin suivent tous les cours dans leur collège, ce qui n'empêche pas Saint-Vincent d'accroître, cette année-là le nombre des siens. C'est alors que Monseigneur Place (plus tard cardinal) est transféré du siège épiscopal de Marseille à celui de Rennes. C'est un homme d'autorité, sinon autoritaire. D'emblée il exige des Eudistes qu'ils renvoient à Saint-Vincent tous leurs élèves au-dessus de la classe de quatrième, alléguant qu'il n'y a pas à Rennes place pour deux collèges de plein exercice.
Saint-Martin va devoir se séparer des Pères qu'il vient de rassembler
: la perspective de reprendre l'aller et retour à Saint-Vincent,
quatre fois par jour, répugne aux élèves et à leurs familles. Avec
beaucoup de réticences, le Père Le Doré, supérieur général des Eudistes
finit par céder à l'exigence de Monseigneur Place, mais sans renoncer
à son droit. Il consulte même un spécialiste du droit canonique
à Rome qui lui donne totalement raison.
Inutilement, puisque cet avis communiqué à l'archevêque n'entame
nullement la détermination de celui-ci. S'en suit une sorte d'état
de guerre froide entre les deux collèges. Les élèves et les administrations
entrent même dans le conflit. Passons sur les diverses péripéties
de cette trop longue période de turbulence et arrivons à son heureux...
dénouement. La patience et la grandeur d'âme du Père Le Doré vont
finir par briser la rigueur du cardinal Place et en 1892 Saint-Martin
devient un collège de plein exercice. Sous la direction du Père
Michel, excellent professeur, quatorze élèves de philosophie sur
quinze sont reçus au baccalauréat cette année là.
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