Lycée
Saint-Martin
Rennes
... en 1939, le Père Daniel, supérieur de Saint-Martin est mobilisé.
Le Père Rafflegeau est nommé à sa place. Il trouve le collège occupé
largement par les troupes du 41 Régiment dInfanterie,
bientôt remplacées par les officiers du 241 R.I. Puis, pendant
dix mois, Saint-Martin héberge un hôpital militaire avant de recevoir
lhôpital ophtalmologique de Beauvais, replié à Rennes.
Au mois de juin 1940, les armées allemandes avancent vers la Bretagne
; les bombardements se multiplient. Le 11 juin, le Père Rafflegeau
reçoit lordre des autorités civiles de renvoyer les élèves
dans leurs familles sauf les candidats au baccalauréat ; puis le
16 tous les élèves. Le lendemain matin, les derniers élèves viennent
de quitter Saint-Martin pour la gare. Or à 10 heures des chasseurs
bombardiers allemands y font sauter un train de munitions ; le bilan
est particulièrement lourd et reste à jamais gravé dans lhistoire
de Rennes : plusieurs centaines de victimes. On imagine langoisse
qui étreint le Père Rafflegeau lorsquil apprend la terrible
nouvelle : et si des élèves du collège étaient parmi les morts ou
les blessés ?
Le 18 juin les Allemands envahissent la ville et quelques jours
plus tard occupent Saint-Martin. La vie sociale tente alors de sorganiser
de façon à peu près normale sous la botte de loccupant. Pour
pallier les carences de lannée scolaire ainsi perturbée, les
cours reprennent dès le 25 juin. Près de cent cinquante élèves vont
les suivre jusquau 27 juillet.
Les Allemands occupent plus des trois quarts des bâtiments ; le "Préfet de discipline", en
vacances à Lourdes ne peut rentrer pour reprendre ses fonctions ; un préfet
intérimaire est nommé vers minuit, la veille du retour des élèves
: environ 430. Pendant tout ce temps les Pères logent à lextérieur,
dispersés dans la ville. Pourtant, chacun est au travail : élèves
aussi bien que professeurs. Mais par la suite, en 1943, on doit
envoyer les classes de 6ème et de 5ème à la Roche-du-Theil (photo),
près de Redon où elles restent jusquà la rentrée de 1945.
En 1943-1944, le chanoine Lepauvre, supérieur de Notre-Dame de Fougères
accepte de recevoir dans son établissement les classes de 4ème et
3ème.
Au lendemain du débarquement des Alliés en Normandie, Fougères est
bombardé : le chanoine Lepauvre est tué. Les élèves de Saint-Martin
auraient pu subir le même sort, si la perspicacité et la prudence
du Père Année qui les avait en charge ne les avaient évacués la
veille, à la campagne. A la libération, les Américains occupent
à leur tour le collège, comme une sorte dannexe de lHôtel-Dieu,
toute proche et ils le quittent en 1945.
A la rentrée doctobre 1944, le supérieur reçoit les élèves et leurs familles dans son bureau installé au premier étage de Glozel (aujourd'hui bâtiment des sciences physiques), au rez-de-chaussée on trouve les études des petits et des moyens qui servent aussi de classes ; les grands travaillent dans lancienne "salle de gym" collée au chevet de la chapelle, et démolie depuis ; on prend ses repas, comme maintenant au sous-sol du bâtiment central (le pain est rationné, mais on triche) et, interne, on dort sous les combles de ce même bâtiment, on joue autour de la chapelle où on assiste quotidiennement à la messe matinale ; le jeudi et le dimanche sous la conduite dun Père surveillant on va en promenade, en rangs par trois, vers les buttes de Coësmes ou le long du canal ; on envie les externes libres qui ont pour seule obligation extra-scolaire dassister à la messe du collège ces jours-là! Lagitation et les bruits de la ville ne peuvent franchir les hauts murs de schiste rose qui entourent Saint-Martin dun bout à lautre de sa superficie.
La vie sécoule monotone, rythmée par les cours de latin obligatoires
pour tous et de grec pour beaucoup, illuminée une ou deux fois par
trimestre par la représentation dans la salle des fêtes du collège,
du Bourgeois Gentilhomme, des Fourberies de Scapin, mais aussi de
Cinna ou de Bérénice..., toutes pièces classiques jouées par une
troupe itinérante. Pendant tout ce temps les G.I. sont invisibles;
la séparation physique entre les deux communautés est dune
parfaite étanchéité.
Lauteur de ces lignes se souvient seulement davoir été
requis un matin pour répondre la messe à un aumônier militaire américain
dans la chapelle de lHÔTEL-DIEU et ainsi dêtre tombé
sous le charme exotique des paroles liturgiques prononcées en latin
avec un fort accent yankee ! A la rentrée doctobre 1945, Saint-Martin
récupère tous ses locaux et la vie scolaire sy déploie normalement,
ponctuée parfois de longues pannes délectricité, propices
à tous les amusements clandestins.
Les hauts murs de schiste ont disparu ; Saint-Martin sest
ouvert sur la ville ; deux bâtiments nouveaux sont sortis de terre,
les anciens ont été transformés pour sadapter à la vie et
à la pédagogie modernes. Mais au delà de ces transformations matérielles,
Saint-Martin a subi une succession de mutations structurelles, sociales
et culturelles, toutes, reflets des évolutions et des soubresauts
de notre société.
Cependant, actuellement, un Père Eudiste, continuateur des Pères
Blanchard, Louïs, Delanoë et de nombreux autres membres de la congrégation
de Jésus et Marie assure avec son équipe de laïcs lanimation
spirituelle et religieuse. On peut penser que Saint-Martin a conservé
dans ses vieux murs lesprit que lui avaient insufflé ses fondateurs
et quil souffle toujours sous des formes nouvelles sur le
lycée daujourdhui.
Cette vue cavalière du passé lointain de l'Institution Saint-Martin a été rédigée à partir de divers articles parus dans "le Carillon de Saint-Martin", à partir de louvrage du Père Jégo "Linstitution Saint-Martin et les eudistes à Rennes" (Rennes, 1954) et à partir de quelques souvenirs personnels .
Auteur de cette histoire : Jean-Noël TRUET Ancien élève de St-Martin puis professeur de philosophie au lycée. Décédé pendant l'été 2002
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